Face à la difficulté de recycler les emballages en polystyrène, l’une des formes plastiques les plus résistantes, la chimie pourrait offrir une réponse innovante. Chaque année, plusieurs millions de tonnes de plastiques sont produits, dont une large part demeure difficile à traiter. C’est dans ce contexte que Manon Pujol, post-doctorante au Laboratoire de Chimie des Polymères Organiques de l’université de Bordeaux, développe une approche inédite reposant sur les enzymes. Récompensée par le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science 2025, la chercheuse s’illustre par ses travaux pionniers sur le surcyclage enzymatique.
Ses recherches portent sur l’oxydation du polystyrène par une enzyme capable de fixer l’oxygène de l’air sur les chaînes polymères. Cette transformation chimique rend le matériau plus fragile et permet de le fragmenter. Pour pallier l’incompatibilité entre les enzymes, actives en milieu aqueux, et le polystyrène hydrophobe, un protocole spécifique a été mis au point : les particules de plastique sont d’abord dispersées dans l’eau, puis combinées à l’enzyme et laissées à incuber durant un à deux jours. Ce procédé, à la fois simple et peu énergivore, marque une rupture avec les méthodes industrielles comme la pyrolyse, qui exigent des températures supérieures à 600 °C.
À la différence du recyclage classique, l’objectif n’est pas de reconstituer le polystyrène à partir de ses composants d’origine. Ici, les fragments générés par l’action enzymatique sont destinés à d’autres usages, ouvrant la voie à un surcyclage. Cette méthode douce, opérant à température ambiante jusqu’à 40 °C, s’inspire du fonctionnement naturel des enzymes et permet d’envisager une valorisation durable d’un matériau longtemps considéré comme irréversible.

